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Mieux vivre un temps de chômage

Conseils du psychologue Claude Hayoz du site www.mieux-etre.ch

Agir contre l'inaction

La question

J’ai reçu mon congé pour la fin du mois et je crains tellement de ne plus retrouver un travail qui me convienne que j’en perds les pédales ! Je n’ai plus envie de rien et la seule idée de bouger me fatigue ! Que pourrais-je faire ?

La réponse du psy

Le chômage constitue une épreuve particulièrement douloureuse dans notre société où une grande partie de notre vie est “occupée” en permanence par le travail. Le fait d’être impuissant à contrôler la situation et de se voir refuser des postes intéressants peut nous faire perdre confiance en nous, en nos qualités, en nos potentialités et conduire à des problèmes psychosomatiques ou dépressifs. Votre réaction de repli constitue un moyen de vous protéger contre cette “agression” de la vie. Pourtant, la seule façon d’affronter le problème, c’est de rester actif, à tout prix. En premier lieu, définissez des horaires précis et mettez de l’ordre dans vos journées. Considérez votre recherche d’un nouvel emploi comme une activité à part entière qui réclame autant d’heures de labeur, de concentration et d’énergie qu’un travail à plein temps. Préparez vos candidatures comme un horloger répare une montre délicate, entraînez-vous aux entretiens d’embauche comme un acteur qui joue du Shakespeare et déployez autant d’imgination qu’un auteur de romans policiers... Par ailleurs, chassez impéraivement les “idées noires” et efforcez-vous de vivre “au jour le jour” en retenant chaque fois les éléments positifs, ceux qui vous permettent de faire un pas en avant. 

Le proverbe du sage Nô-Mi

Ce n’est pas en abandonnant le jeu que tu gagneras la partie...

Drame silencieux

La question

Après plusieurs années passées au service d’une entreprise, j’ai reçu mon congé pour cause de restructuration. Une simple lettre a mis fin à ce que j’ai patiemment construit et entretenu. Comment expliquer à mes proches quel drame je vis intérieurement ?

La réponse du psy

Le Sage Nô-Mi disait : “Ce n’est pas à celui qui souffre d’exprimer sa détresse mais à ses proches de comprendre sa douleur...” Lorsqu’une crise existentielle bouleverse notre destin, nous nous sentons parfois tellement désemparés qu’aucun mot n’est en mesure de traduire l’importance de nos blessures morales. On ne peut expliquer en surface ce qui nous ronge en profondeur et c’est à notre entourage de déployer des antennes symboliques pour capter nos émotions. Toutes les épreuves intenses que nous traversons, qu’elles soient joyeuses ou tragiques, se heurtent à la limite du vocabulaire qui, malgré sa richesse n’est pas en mesure d’en rendre les nuances, la complexité et les détails... Je pense, d’ailleurs, que c’est mieux ainsi car certaines choses dépassent la raison qui, si elle y mettait un nom, les rendrait encore plus insoutenables. Votre entourage doit bien entendu savoir que vous êtes abattu, triste, démoralisé et que vous avez besoin de temps pour retrouver vos repères et reconstruire ce qui s’est brutalement effondré. Mais au-delà de ce que vous parvenez à dire ou à montrer (et c’est bien si vous n’êtes pas tenu, en privé, de camoufler vos sentiments), c’est à votre entourage de vous témoigner sa solidarité en vous apportant un soutien inconditionnel et une grande compréhension. Un geste, un regard, une parole esquissés au bon moment ont un énorme impact lorsque le moral est au plus bas. Par ailleurs, il est parfaitement possible de faire appel à un spécialiste (thérapeute ou médecin) qui, tant que votre situation personnelle et professionnelle ne se sera pas améliorée, sauront vous conseiller et guider les mots qui extérioriseront le mieux votre colère et votre désarroi.

Partir sans revenir ...

La question

Récemment licencié de mon travail, j’ai l’impression de ne plus exister, d’avoir perdu toute identité. Je me sens complètement démuni, comme si le sol s’était dérobé sous mes pieds. Que faire?

La réponse du psy

De nombreuses personnes s’identifient beaucoup à leur travail et à l’entreprise qui les emploie. Elles s’impliquent fortement dans tout ce qu’elles font et considèrent à juste titre que ce qu’elles apportent sur le plan professionnel est en mesure de les valoriser, de les faire exister sur le plan privé. Le salaire à la fin du mois, le statut social, le positionnement face aux autres contribuent à renforcer une image d’entreprise “nourricière” à laquelle on n’est pas seulement attaché par un contrat mais également par une sensation incomparable d’appartenance. L’être humain a besoin de s’identifier à un groupe pour vivre harmonieusement. Le travail étant l’une de ses occupations principales, il est donc logique que ce soit un élément primordial dans sa recherche d’un équilibre et d’un sens à son existence! On est comme un maillon au milieu d’une chaîne: c’est elle qui nous intègre et justifie en quelque sorte notre utilité fondamentale.

Mais ce que nous oublions trop fréquemment, c’est que sans maillons, il n’y a pas de chaîne: en réalité, l’entreprise n’est pas une généreuse machine à donner du travail, un salaire, un statut, un objectif à la vie, etc..., ce n’est qu’un ensemble fonctionnel qui dépend des interactions de ceux et de celles qui lui consacrent l’essentiel de leur temps et de leur énergie. En d’autres termes, sans employés dotés de compétences variées il n’y a tout simplement pas d’entreprise, au même titre que l’absence de maillons empêche toute fabrication d’une chaîne. Vous avez l’impression d’avoir tout perdu et d’être démuni. Mais ce n’est pas le cas: en quittant ce travail, vous avez emporté tout ce que vous êtes, tout ce que vous connaissez, et cet immense bagage que constituent vos expériences et vos savoir-faire. Avec un peu de chance, vous pouvez parfaitement recréer cet univers que votre licenciement vous a temporairement enlevé. Mais vos employeurs, même s’ils vous remplacent à bon compte sont définitivement privés d’une force dont on aurait tort de sous-estimer la puissance.

Ce qui n’apparaît parfois pas de manière flagrante dans une situation “isolée” se révèle souvent dans toute son ampleur lorsque les restructurations imposent leur lot de “victimes”. Les erreurs se multiplient, le stress augmente, le rendement diminue et c’est après coup que l’on fait l’amère constatation que le “savoir” collectif d’une équipe est bien plus important à long terme que les seuls bénéfices engrangés sur une brève période. De nombreuses entreprises en font la cruelle expérience: en débauchant au maximum, elles s’affaiblissent exagérément et, si elles surnagent quelques temps, c’est pour mieux plonger ensuite. Je ne veux pas dire par là que tout “assainissement” est d’avance voué à l’échec. Les faits montrent cependant que la disparition massive de postes va de pair avec un appauvrissement certain du “capital” en connaissances et en expériences.

Un maillon solide et polyvalent trouvera toujours une chaîne qui appréciera sa disponibilité et sa solidité. Vous traversez une période douloureuse de remise en question et il est normal que le sol se dérobe quelque peu sous vos pieds. Mais ne mettez en aucun cas vos compétences et votre “identité” professionnelle en doute. Vous êtes comme un voyageur qui attend un prochain train sur le quai d’une gare et vous possédez, soigneusement emballés dans vos valises, des compétences patiemment accumulées lorsque vous étiez en pleine activité. C’est ce qui vous donne des atouts considérables: les patrons sont très sensibles au “savoir” que l’on a ainsi acquis par la pratique. Et ne croyez pas que vous deviez votre existence et votre identité à ceux qui vous ont lâché: en quittant votre entreprise, vous emportez une pièce du puzzle qui en constitue l’image, tout en restant parfaitement indépendant et autonome. Et même si personne n’est irremplaçable, on met toujours du temps à retrouver exactement l’élément manquant...

Remise en question

La question

Mon mari a reçu son congé voici quatre mois. Depuis, il cherche une nouvelle place de travail, mais sans succès. Comment faire pour garder envers et contre tout confiance et l’aider à ne pas perdre le moral?

La réponse du psy

Le chômage va de pair avec une remise en question parfois brutale de tout notre contexte vital. Il est particulièrement délicat d’apporter des conseils “généralisables” à tous ceux et celles qui traversent une telle crise. Dans la mesure du posssible, cependant, il faudrait s’efforcer de respecter les quelques points suivants, envers et contre tout:
- gardez un horaire “fixe”, bien délimité, afin de ne pas perdre le rythme de la vie professionnelle,
- n’hésitez pas à “jouer des coudes”, à faire appel aux personnes qui seraient en mesure de vous donner un coup de pouce,
- inscrivez-vous dans différentes agences de placement, et relancez-les régulièrement,
- ne refusez pas un travail “temporaire” (de quelques mois), ce qui vous permet d’enrichir votre curriculum vitae, de prolonger vos droits aux indemnités et de vous faire connaître de nouveaux patrons
- parcourez un maximum de chemin, sans vous laisser abattre par les refus et l’impression de “tourner en rond”.
L’entourage du chômeur aura la tâche impérative de soutenir, d’exhorter, de rassurer, de conseiller et de veiller à ce qu’aucun obstacle supplémentaire ne vienne obstruer la “route”.
C’est ainsi que cette période de “flottement” sera moins vécue comme une punition mais plutôt comme une possibilité de franchir une nouvelle étape de vie, même si celle-ci prend les apparences d’un défi difficile à surmonter...

Risque calculé

La question

L’entreprise où je travaillais a dû fermer ses portes. J’ai décidé de monter ma propre affaire et je pense avoir de bonnes chances de réussir. Mais mon entourage joue les oiseaux de mauvaise augure et tout le monde me prédit que je vais me casser la figure. Est-ce que je dois les prendre au sérieux et renoncer?

La réponse du psy

Tout dépend évidemment du type d’affaire que vous souhaitez monter: si vous avez en tête de commercialiser un robot ménager destiné à éplucher les bananes je comprends qu’on vous regarde de travers. Même chose, si vous vous décidez pour lancer une énième marque d’un produit dont le marché est actuellement complètement saturé. Par contre, si des analyses économiques sérieuses vous permettent d’espérer faire un carton dans un créneau à la fois classique et novateur, alors les risques que vous prenez sont assez bien calculés. Mais rien n’est jamais garanti lorsque l’on se lance dans une nouvelle aventure: au bout, il y a peut-être un énorme succès ou un échec cuisant. Des milliers de paramètres seraient à considérer et si l’on attendait d’être sûr à 100% de son coup, personne ne tenterait plus quoi que ce soit. L’histoire extraordinaire et merveilleuse des inventions montre que la seule erreur à ne pas commettre s’est de s’entêter à tout prix à imposer une idée ou un concept: si l’on remarque que rien ne mord à l’hameçon, il ne faut pas s’éterniser en espérant finir par tirer de l’eau un énorme brochet. Les requins ne tarderont pas à rôder... Mieux vaut jeter l’éponge à temps! Veillez également à ne pas mettre tous vos oeufs dans le même panier et préparez des solutions de rechange, au cas où votre affaire prendrait la couleur d’un flop: il est plus facile de se tirer d’un mauvais pas si l’on n’est pas encore embourbé jusqu’au cou. Que votre entourage vous incite à la prudence est bien naturel: nous avons tous les mains moites lorsqu’une de nos connaissances décide de prendre son envol: et si les ailes cassaient? Mais vos proches doivent aussi comprendre que vous devez faire des choix et que de vous mettre à votre propre compte n’est pas ne aventure plus boiteuse que de chercher un nouvel employeur... qui lui aussi a dû faire, un moment donné, ce pas décisif de fonder sa propre entreprise. Mais sachez vous entourer de conseillers compétents, armez-vous de courage et de patience et ne vous fiez pas aux mirages: le succès ressemble à un animal vert marchant silencieusement en plein milieu d’une forêt. Pour l’attraper, il faut autant de chance que de détermination...

Le proverbe du sage Nô-Mi

Le succès ressemble à un animal vert marchant silencieusement en plein milieu d’une forêt. Pour l’attraper, il faut autant de chance que de détermination...

La vie à répétition

La question

L’Histoire fourmille d’exemples d’hommes et de femmes qui, après un départ catastrophique, ont décroché la Lune: Thomas Edison, inventeur de l’ampoule à incandescence, poursuivi par une poisse incroyable dut faire près de mille essais avant de gagner le pari d’emprisonner la lumière dans une boule de verre... Abraham Lincoln traversa plusieurs dépressions nerveuses sérieuses, échecs politiques cuisants, pépins de santé graves, peines de coeur lourdes avant de devenir un président légendaire. Winston Churchill était un adolescent gauche et obèse, Sigmund Freud souffrait de névrose et Albert Einstein n’aimait pas l’école...

La réponse du psy

- Nous avons tous traversé des tempêtes dont nous n’aurions jamais dû nous relever mais nous avons refait surface comme si le miracle du jeu qui nous oppose à notre destin tenait à la multiplicité de ses parties. Nous évoluons sur un échiquier qui peut certes nous infliger de lourdes pertes mais laisse toujours au roi la possibilité de s’esquiver pour éviter le mat fatal.
- Le drame de ceux et de celles qui se croient définitivement marqués du sceau de l’infamie et de la guigne c’est souvent qu’ils souhaitent reprendre le fil des événements, précisément là où le destin le leur a cassé. Une impasse ne s’ouvrira jamais sur une autoroute et ce n’est qu’en empruntant de nouveaux chemins, inconnus et encore inexplorés que surgiront les solutions qui aideront à regagner la surface. Le maître-mot, c’est de guetter les opportunités et de s’y accrocher en croyant à la chance et en gardant à l’esprit que dans la vie les seuls échecs sont les abandons.
- Prendre une nouvelle direction, s’envoler vers de nouveaux horizons en tournant le dos au passé nécessite un important travail de deuil: on ne saurait avancer en regardant sans cesse en arrière et le prix à payer pour repartir c’est d’apprendre à tirer un trait sur ce qui est arrivé pour ne se concentrer que sur ce qui arrivera...
- La vie n’offre pas qu’une seule chance, qu’une seule tentative car à chaque jour qui passe elle renouvelle les défis et dévoile d’autres voies qui ne demandent qu’à être explorées!
 
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